Comment le groupe s'est-il formé?

 

Kelleth:

Caroline et moi, on s'est rencontrés à l'université. On était à une fête, je l'ai vue faire comme si elle faisait de la guitare sur la chanson "Purple Haze" de Jimi Hendrix, et je me suis dit qu'elle était plutôt cool. A l'époque, j'étais dans un groupe, les High Decibels, mais on avait déjà un bassiste. Donc, une fois qu'on a eu notre diplôme, j'ai appris à Caroline à jouer de la basse et on a décidé de former un duo de rue. Le problème c'est qu'à ce moment là on habitait à Buffalo, dans l'état de New York, et quand il a commencé à faire froid, on a décidé de former un vrai groupe et de jouer à l'interieur. Mais comme il faisait toujours trop froid, on est partis  s'installer en Californie.

 

A quoi ressemblaient vos premiers concerts?

 

Caroline:

Avec du recul ils semblent assez marrants, mais sur le moment, j'étais surtout complètement terrifiée. On avait très peu de public, ce qui fait que c'était à nous de mettre le feu tous seuls sur scène. Bien sur, c'est devenu plus tard ce que les gens aimaient et ce dont ils se souvenaient de nous en tant que groupe. Je crois que la plupart des gens ne réalisent pas que nos concerts "loufoques" étaient plus dûs à un instinct de survie que nous avions développé pour éviter de balancer nos instruments par terre et de quitter la scène en pleurant (meme si bien sur ça nous est aussi arrivé quelquefois à nos débuts, du moins en coulisses).

 

Qu'est-ce que vous écoutiez comme musique en grandissant?

 

Caroline:

A peu près tout ce qui passait à la radio, ce qui était à cette époque incroyablement bon et varié, des Rolling Stones à Joni Mitchell, Al Green, The Papas & The Mamas, Cream, Simon and Garfunkel, etc...

 

Kelleth:

J'ai commençé la guitare pour pouvoir jouer "Yesterday" des Beatles, que je ne suis d'ailleurs toujours pas capable de jouer. Après les Beatles, je me suis mis au rock classique comme Led Zeppelin, les Rolling Stones et les Who. Mais je pense que ce sont les Talking Heads, James Brown et me rap des débuts qui m'ont fait aimer la musique qui bouge.

 

Quelles sont les influences pas musicales de Big Soul?

 

Caroline:

Les tapisseries criardes des 70's , des parents narcissiques, la nourriture saine, le basket, les autoroutes, les marionettes et le mime.

 

Comment décririez-vous les répétitions de Big Soul?

 

Caroline:

Très cadrées: pas de n'importe quoi, pas de perte de temps. Ce qui est plutot pas mal, parce qu'on n'aime pas tellement répéter. Il y a des endroits où on est devenus célèbres pour notre spécialité "répète express en 40 minutes" juste avant une tournée.

 

"Le Brio" que beaucoup de gens connaissent sous le nom "Branchez la guitare" est une chanson assez inhabituelle. Comment l'avez-vous écrite?

 

Kelleth:

Quand on est arrivés à Los Angeles, on faisait pas mal de reprises de Chuck Berry et du vieux Rythm N' Blues. On n'était pas mauvais mais on ne faisait rien de vraiment original, rien de transcendant. Un soir, on était programmés pour jouer en première partie de ce groupe funk/punk. On joue nos morceaux et le public applaudit poliment, et puis quand le groupe principal s'est mis à jouer, les gens sont devenus fous et ont commencé à sauter sur les tables. C'était vraiment humiliant.

Dès le lendemain, on s'est réunis avec Caroline pour essayer de trouver un nouveau style. Je commence à jouer à la guitare des riffs rythmés et rapides, et je dis à Caroline "maintenant dis un truc...euh je sais pas, en Français!" On essayait simplement de trouver quelquechose d'un peu dingue à faire, pour attirer l'attention des gens. On n'aurait jamais imaginé que ce morceau devienne un tube.

 

L'histoire de vos débuts est intéressante: vous vendez votre CD à un touriste français, et ensuite vous êtes découverts en France, par Sony. Qu'est-ce que ça fait de débarquer en France comme ça?

 

Kelleth:

Depuis toujours, on rêvait de jouer en Europe - en fait il se pourrait bien qu'on soit des Européens enfermés dans des corps d'Américains. Ce qui fait que cette simple idée était géniale. On a décidé de laisser tomber nos boulots aux Etats-Unis et de déménager à Paris, bien que la maison de disques ne nous ait pas demandé de le faire. Mais quand on est arrivés, les choses ont mis du temps à se mettre en place pendant les quelques premiers mois. Ensuite on est passé dans Taratata, l'émission musicale française, et là notre album a tout à coup commençé à très très bien se vendre. C'était très stimulant et sympa: voyager, découvrir la culture française, et puis jouer notre musique pour des gens qui l'appréciaient vraiment.

 

Quelle est l'expérience la plus drôle que vous ayez connue à un concert?

 

Caroline:

La fois où on devait jouer dans cette petite salle dans le sud de la France. Le concert commençait et on n'arrivait pas à trouver la scène, exactement comme dans "Spinal Tap" (on a eu plein d'autres moments "Spinal Tap". Tellement, en fait, que si vous voulez savoir à quoi ressemblait une tournée avec Big Soul, vous feriez mieux de regarder le film!).

 

Kelleth:

Mon souvenir le plus drôle c'est à un concert punk en Normandie. Apparemment le promoteur n'avait pas fait du très bon boulot et il n'y avait pas plus de 60 spectateurs. Mais bon, on s'est dit "on va faire un super concert pour les gens qui sont venus". Donc, on s'en sortait pas mal mais il y avait ce gars dans le public qui me dérangeait un peu, il se tenait debout sans bouger, les bras croisés et l'air en colère comme s'il voulait nous tuer. Et puis, vers le milieu du concert, on s'est mis à jouer une de nos chansons qui s'appelle "Stop Your Bitching" et là, il est monté sur les épaules de son copain. C'est pas comme s'il avait eu besoin de faire ça pour mieux voir: il n'y avait presque personne. Et il s'est mis à rire en agitant les poings et a chanté les paroles de la chanson. Et dès que la chanson s'est terminée, il est descendu et il a repris sa position du début.

 

En concert vous n'êtes que trois musiciens mais d'après les gens vous donnez l'impression d'être beaucoup plus nombreux. Comment ça se fait?

 

Kelleth:

Ca vient en partie de la simplicité de nos arrangements. Souvent on joue tous les mêmes notes, ce qui rend notre son plus puissant. Et d'autre part, on a toujours en coulisses neuf elfes qui jouent et qui chantent en même temps que nous.

 

Est-ce que vous vous considérez comme des virtuoses de la musique?

 

Caroline:

Ca me plait de le penser. Mais encore une fois, tout est subjectif, n'est-ce pas?

 

Kelleth:

Si on se compare à des gens qui ne jouent de la musique que depuis quelques semaines, alors oui, nous sommes des musiciens géniaux!!

 

Quels conseils vous donneriez à des musiciens qui démarrent juste?

 

Kelleth:

Soyez originaux. Soyez innovant. Posez vous la question "est-ce que je suis en train de dire qui n'a pas encore été dit?" Si en toute sincérité vous ne pouvez pas répondre oui, alors envisagez de devenir plombier, vous gagnerez bien votre vie. Mais si vous avez vraiment l'impression d'avoir quelque chose de différent à dire, allez, travaillez dur, ne vous découragez pas, et demandez vous le plus souvent comment vous pouvez vous améliorer.